Accueil Date de création : 12/08/07 Dernière mise à jour : 21/12/08 01:07 / 103 articles publiés
 

Rééditions

Homo Spiritus - Chapitre I  (Rééditions) posté le samedi 13 octobre 2007 21:01

 

Les Converse noires de l’homme crissèrent dans la neige. Dante, le regard hagard, se rongeant les ongles, avançait lentement vers la boîte de nuit « московский рай  » ( Paradis Moscovite) . Il était sûr d’y trouver Zach Rose, un Anglais qu’il avait connu des années auparavant, un exilé comme lui. Il lui fournirait la drogue dont il avait besoin. Il lui faudrait du cran pour ce qu’il allait faire. A la porte, un colosse en parka le regarda d’un air suspicieux mais Dante s’inséra dans son esprit, en prit possession et eut juste à lancer un « впусти меня » (Laisse-moi entrer) se voulant désinvolte mais étant hésitant et le colosse le laissa passer.  Dante traîna les pieds à l’intérieur de la boîte. Le bruit lui vrilla aussitôt les tympans. A demi-assommé par le son, il balaya la grande salle du regard et localisa rapidement Zach, assis sur un canapé en bordure de piste, en compagnie de jeune femmes et autour de bouteilles de vodka vides. D’une voix mal assurée, presque en hurlant, il lui demanda : 

- J’ai besoin d’un sachet de gélules, Zach.

 Une des jeunes femmes se pencha vers Rose et lui murmura :

 - кто это-? (Qui est-ce ?)

 Zach ne répondit pas, observa un instant cet homme qui se tenait devant lui, luttant pour tenir debout, soupira et lança dans un français hasardeux :   

- Si Angéla l’apprend, elle va me tuer ! 

Dante laissa échapper un petit rire du à la question assez paradoxal de du dealer mais attrapa vivement le sachet et en piocha une dedans. Il la considéra quelques secondes au creux de sa paume puis l’avala d’un coup sec. Il se sentit aussitôt beaucoup mieux, se redressa de toute sa hauteur, lança un regard vairon rempli de gratitude à Zach et tourna les talons. 

- I wonder if I not made a stupidity, gémit Rose. 

Et but une longue goulée de vodka.  

 

Dante traversa la Place Rouge rapidement, déterminé et sûr de lui. Son long manteau noir à fourrure volait dans le vent derrière lui. D’un coup de pied, il éclata une congère et poussa la porte du Commissariat. Une petite sonnerie retentit. Le hall était éclairé d’une lueur tamisé et, derrière un comptoir en marbre, un policier patientait. Il leva la tête à l’arrivée du tueur et demanda après un bâillement :

 - что я могу сделать для вас? ( Que puis-je faire pour vous ?) 

- умирать! ( Mourir !) 

Dante serra le poing. Le policier porta aussitôt les mains à sa poitrine et dans un gargouillement s’affaissa sur le comptoir. Les nanos-récepteurs de la construction captèrent la froideur du corps et déclenchèrent une alarme.  Des bruits de pas se firent entendre et plusieurs miliciens surgirent dans l’entrée, leurs armes au poing. En une seconde, Dante réagit. Il pivota en dégainant un automatique à impulsion magnétique et appuya sur la gâchette. Une détonation retentit, un trait bleuté fusa. Un milicien se plia en deux en crachant du sang et s’écroula. Plusieurs autres détonations retentirent, venant cette fois des armes des policiers. Dante cueillit les projectiles brulants au creux de sa main et les relança. Trois hommes tombèrent. Le tueur se précipita vers une porte qu’il défonça d’un coup de pied et tomba nez à nez avec cinq soldats vêtus de kevlar, entourant le Commissaire, sa cible. D’un geste de la main, Dante envoya le premier garde du corps sur le mur qu’il traversa. Les autres tournèrent la tête. Une inattention. En un éclair, le tueur se retrouva près d’un second homme, lui tordit le cou, se retrouva brutalement derrière un milicien et s’en servit de bouclier humain contre les tirs du quatrième soldat. Les balles à haute teneur en electricité traversèrent le kevlar et tuèrent net l’homme que Dante rejeta sur le tireur. Le tueur n’hésita pas. Il se propulsa sur le bureau du Commissaire qui hurla, paniqué :

- почему? (Pourquoi ?)

- деньги, навоз! (L’argent, fumier !)

 Il s’inséra dans l’esprit du Commissaire et le glaça. Les canaux cérébraux s’immobilisèrent et le cœur s’arrêta. La mort fut instantanée. Dante n’attendit pas. Il se jeta par la fenêtre.
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Homo Spiritus : Chapitre II  (Rééditions) posté le jeudi 01 novembre 2007 00:23

 

Une lueur s'alluma dans les ténèbres et un soupir s'échappa de la bouche de laquelle le joint dépassait. Dante était assis dos au mur, au pied d'un réverbère cassé. Presque invisible dans l'ombre, le jeune homme fumait en ruminant ses pensées. Comment aurait-il pu savoir que le Commissaire serait entouré d'autant de gardes ? Il avait dû improviser, ne pas montrer son effarement. En repensant au carnage qu'il venait de faire, Dante eût une poussée de haine contre lui-même : « Je ne suis qu’un connard de tueur à gages ! ». Il se leva, tituba un moment, jeta férocement son pétard au sol et l'écrasa du bout de sa botte. Il regarda le ciel. Une nuit sans lune. Ici à Moscou, en cette année 2023, la température avoisinait les -120. Le gel recouvrait tout. Malgré cela, l'homme n'avait pas l'air de souffrir du climat, emmitouflé dans un épais manteau noir. Ses longs cheveux noirs et bouclés étaient en désordre, coulant sur ses épaules. Ses yeux vairons fixèrent le vague quelques instants puis clignèrent et retrouvèrent leur aplomb. Ayant recouvré son cran, il sortit son téléphone portable de sa poche et composa un numéro. Au bout de deux sonneries, un homme décrocha et lança, sûr de l’identité de la personne qui l’appelait :

-Выполнили ли Вы контракт, Данте? (Avez-vous exécuté le contrat, Dante ?) 

Déstabilisé par la voix, Dante répondit :

-Да. Ваши шлюхи мятежников не должны больше этого опасаться (Oui. Vos putains de rebelles n’ont plus ça à craindre)

-Браво Данте. Шесть миллионов евро будут в ящике триста двадцать - семь на Вокзале Николай, как предусмотрено. (Bravo Dante. Les six mille euros seront dans le casier trois cent vingt-sept à la Gare Nicolas, comme prévu.)

-Тем лучше. И распутайтесь теперь. Я отклоняю другую резню этого рода! (Tant mieux. Et demmerdez-vous maintenant. Je refuse d’autres carnages de cette sorte)

-Что вы это должны делать слуг диктатуры? (Qu’en avez-vous à foutre des serviteurs de la dictature ?)

-Я об этом говорю, что это - я, который их видит как они умирают (J’en dis que c’est moi qui les voit mourir)

-Мне казалось однако, что вы не являлись сентиментальным кем-то, такого рода (Il me semblait pourtant que vous n'étiez pas du genre sentimental)

-Чувствовать как приходят смерть, чувствовать боль, это не имеется приятным ощущением (Sentir venir la mort, sentir la douleur, ça n'est pas une sensation agréable)

-Тем хуже. Ваши специальные мощности были бы полезны для Мятежа. До свидания Данте. (Tant pis. Vos...capacités spéciales auraient été utiles à la Rébellion. Adieu Dante.)

La conversation coupa et Dante resta dans le désarroi. Il rangea le portable et s’éloigna dans le froid en resserrant son manteau autour de lui.  

 

Dante titubait légèrement en plein milieu de la route déserte à cette heure, uniquement éclairée par la lumière blafarde des lampadaires. Plusieurs poubelles éventrées jonchaient le sol, répandant leurs détritus sur la chaussée, et côtoyaient des tags à demi effacés inscrits sur les murs à la bombe, représentant notamment les slogans des Rebelles, insultant le gouvernement. Soudain, un bruit retentit, faisant sursauter Dante. Il se retourna vivement, ses veines charriant un liquide brûlant, et expulsa une sphère de flammes de la paume de la main. Le projectile s'écrasa sur un mur et un chat effrayé détala.
« Un chat, se dit le jeune homme. C'est seulement un chat... »
Un petit rire lui vint aux lèvres et il se dirigea vers l’entrée de la Gare Nicolas, fermée pour cette soirée. Il n’eut pas de mal à forcer la porte de service et rentra dans le vaste hall empli de ténèbres. Sans hésiter, ses pas résonnant par terre, il atteignit les rangées de casiers. Le 327 avait une clé pendue à son cadenas. Dante s’en empara et la tourna dans la serrure. La porte de métal s’ouvrit en grinçant et révéla une mallette compacte en cuir noir. Il l’extirpa du casier et vérifia l’argent, bien rangé en liasses de 1000. Soudain, il lui sembla entendre un bruit. Aussitôt, ses capacités extra-sensorielles se réveillèrent et il tourna la tête, pour se retrouver face à face avec le canon d'un Luger électromagnétique,  l'arme de service des miliciens de Moscou.
-
Трущобы больше, навоз! (Bouges plus, fumier!) ordonna le milicien.
Dante recula et articula :

- Что? (Quoi ?)

- Трусы то, что ты держишь! (Lâches ce que tu tiens !)

Dante s’exécuta et posa la mallette sur le sol. Soudain, le jeune homme se projeta en avant. La balle du Luger fusa et rasa l'épaule du tueur à gages, roussissant sa veste. Dante attrapa le milicien et le souleva en le plaquant contre les casiers. La tête de l’homme frappa violemment les portes de métal et l’assomma. Dante laissa le corps glisser au sol, saisit la mallette et disparut dans les ténèbres de la nuit.

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