Les Converse noires de l’homme crissèrent dans la neige. Dante, le regard hagard, se rongeant les ongles, avançait lentement vers la boîte de nuit « московский рай » ( Paradis Moscovite) . Il était sûr d’y trouver Zach Rose, un Anglais qu’il avait connu des années auparavant, un exilé comme lui. Il lui fournirait la drogue dont il avait besoin. Il lui faudrait du cran pour ce qu’il allait faire. A la porte, un colosse en parka le regarda d’un air suspicieux mais Dante s’inséra dans son esprit, en prit possession et eut juste à lancer un « впусти меня » (Laisse-moi entrer) se voulant désinvolte mais étant hésitant et le colosse le laissa passer. Dante traîna les pieds à l’intérieur de la boîte. Le bruit lui vrilla aussitôt les tympans. A demi-assommé par le son, il balaya la grande salle du regard et localisa rapidement Zach, assis sur un canapé en bordure de piste, en compagnie de jeune femmes et autour de bouteilles de vodka vides. D’une voix mal assurée, presque en hurlant, il lui demanda :
- J’ai besoin d’un sachet de gélules, Zach.
Une des jeunes femmes se pencha vers Rose et lui murmura :
- кто это-? (Qui est-ce ?)
Zach ne répondit pas, observa un instant cet homme qui se tenait devant lui, luttant pour tenir debout, soupira et lança dans un français hasardeux :
- Si Angéla l’apprend, elle va me tuer !
Dante laissa échapper un petit rire du à la question assez paradoxal de du dealer mais attrapa vivement le sachet et en piocha une dedans. Il la considéra quelques secondes au creux de sa paume puis l’avala d’un coup sec. Il se sentit aussitôt beaucoup mieux, se redressa de toute sa hauteur, lança un regard vairon rempli de gratitude à Zach et tourna les talons.
- I wonder if I not made a stupidity, gémit Rose.
Et but une longue goulée de vodka.
Dante traversa la Place Rouge rapidement, déterminé et sûr de lui. Son long manteau noir à fourrure volait dans le vent derrière lui. D’un coup de pied, il éclata une congère et poussa la porte du Commissariat. Une petite sonnerie retentit. Le hall était éclairé d’une lueur tamisé et, derrière un comptoir en marbre, un policier patientait. Il leva la tête à l’arrivée du tueur et demanda après un bâillement :
- что я могу сделать для вас? ( Que puis-je faire pour vous ?)
- умирать! ( Mourir !)
Dante serra le poing. Le policier porta aussitôt les mains à sa poitrine et dans un gargouillement s’affaissa sur le comptoir. Les nanos-récepteurs de la construction captèrent la froideur du corps et déclenchèrent une alarme. Des bruits de pas se firent entendre et plusieurs miliciens surgirent dans l’entrée, leurs armes au poing. En une seconde, Dante réagit. Il pivota en dégainant un automatique à impulsion magnétique et appuya sur la gâchette. Une détonation retentit, un trait bleuté fusa. Un milicien se plia en deux en crachant du sang et s’écroula. Plusieurs autres détonations retentirent, venant cette fois des armes des policiers. Dante cueillit les projectiles brulants au creux de sa main et les relança. Trois hommes tombèrent. Le tueur se précipita vers une porte qu’il défonça d’un coup de pied et tomba nez à nez avec cinq soldats vêtus de kevlar, entourant le Commissaire, sa cible. D’un geste de la main, Dante envoya le premier garde du corps sur le mur qu’il traversa. Les autres tournèrent la tête. Une inattention. En un éclair, le tueur se retrouva près d’un second homme, lui tordit le cou, se retrouva brutalement derrière un milicien et s’en servit de bouclier humain contre les tirs du quatrième soldat. Les balles à haute teneur en electricité traversèrent le kevlar et tuèrent net l’homme que Dante rejeta sur le tireur. Le tueur n’hésita pas. Il se propulsa sur le bureau du Commissaire qui hurla, paniqué :
- почему? (Pourquoi ?)
- деньги, навоз! (L’argent, fumier !)
Il s’inséra dans l’esprit du Commissaire et le glaça. Les canaux cérébraux s’immobilisèrent et le cœur s’arrêta. La mort fut instantanée. Dante n’attendit pas. Il se jeta par la fenêtre.





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